Les multicoques ont révolutionné la Route du Rhum avec des vitesses qui semblent
Un grain claque contre la muraille de Saint-Malo, les embruns rasent les coques et, au large, la mer se déchire en un sillage de mousse. La course transatlantique qui prend son départ ici a été conçue pour tester le courage et l’ingéniosité des solitaires, dès l’édition inaugurale en 1978. Très vite, parmi les embarcations, des trimarans et des catamarans attirent l’attention : plus larges, plus légers et parfois plus fragiles, ils annoncent un tournant pour l’épreuve.
Ce sont les multicoques qui modifient profondément la relation entre le pilote et l’océan. Leur architecture autorise des surfaces véliques importantes tout en limitant le tirant d’eau et la traînée, ce qui favorise des vitesses bien supérieures à celles des monocoques traditionnels. Sur ce type de parcours, où les dépressions et les alizés sont des moteurs, la capacité à garder une vitesse élevée en rafales change les stratégies : on ne cherche plus uniquement la route la plus directe, mais celle qui promet la poussée la plus continue.
La révolution est aussi technique. L’emploi de matériaux composites, l’allègement des structures, la computerisation de la cartographie météorologique et la mise au point de formes de coque effilées ont permis d’exploiter au mieux les conditions. Plus récemment, l’apparition de foils sur certains multicoques a transformé la manière de fendre l’eau en permettant de s’élever au-dessus de la surface et de réduire considérablement la résistance. Ces innovations ont fait évoluer la conception même des bateaux engagés dans la course.
Le résultat pour la Route du Rhum est visible : les traces AIS et les images satellites montrent des machines qui couvrent des milles marins à des rythmes inimaginables il y a quelques décennies. La compétition s’est structurée autour de catégories qui distinguent désormais les monstres rapides des unités plus modestes, et les plaisirs du spectacle vont de pair avec des interrogations sur la sécurité en solitaire, face aux chavirages et aux efforts extrêmes imposés aux coques et aux équipages.
Pour le public, la présence de ces engins hyper-rapides a renouvelé l’attrait de la traversée : la Route du Rhum n’est plus seulement une aventure humaine, elle est aussi un laboratoire de vitesses. Les images de coques déchirant la mer, portées sur leurs foils ou glissant sur des surfaces luisantes, restent la promesse d’un duel permanent entre audace des hommes, progrès des matériaux et puissance des éléments.


