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Les Égyptiens et le dentifrice

Au bord du Nil, au petit matin, on pouvait imaginer des gestes simples : un morceau de tissu, un peu d’eau et un mélange poudreux appliqué sur les dents avant de partir aux champs. Bien avant le dentifrice moderne, les anciens Égyptiens avaient mis au point des recettes destinées à nettoyer et parfois blanchir les dents, attestées par des textes médicaux. Le plus célèbre de ces documents, le Papyrus Ebers, livre des formules et des conseils qui montrent une attention précise portée à la bouche et à la santé quotidienne.

Les préparations réunissaient des ingrédients aux propriétés complémentaires : cendres, sel, poudre de pierre ponce, coquilles d’œufs broyées et parfois des plantes aromatiques pour améliorer le goût. Ces composants étaient abrasifs et permettaient d’éliminer le tartre visible ; le sel, reconnu depuis l’Antiquité pour son effet antiseptique local, et les cendres, dont la nature alcaline aide à dissoudre certaines taches, complétaient l’action mécanique. Les herbes ajoutées répondaient autant à un souci d’odeur qu’à des usages médicinaux populaires.

Ces recettes n’étaient pas des superstitions isolées : elles s’inscrivaient dans une pratique médicale cohérente. Les textes et les prescriptions montrent que l’hygiène bucco‑dentaire faisait partie d’un ensemble de soins visant à prévenir la douleur et les infections. On cherchait à « dégager » la dentition des dépôts et à soutenir les gencives, gestes d’autant plus nécessaires dans une société où l’alimentation et les techniques de préparation favorisaient l’usure.

Les restes archéologiques corroborent ces écrits. Les squelettes égyptiens montrent souvent une forte usure dentaire et des lésions liées à la consommation de céréales broyées avec des meules de pierre, qui incorporaient des particules minérales dans le pain et produisaient un frottement quotidien. Plutôt que d’être anecdotiques, les mélanges décrits dans les papyrus apparaissent comme des réponses pratiques à des problèmes réels observés par les praticiens de l’époque.

En somme, ces pratiques témoignent de la sophistication de la médecine égyptienne et de l’importance accordée à la propreté corporelle et buccale. Elles sont antérieures et contemporaines à d’autres traditions médicales, et rappellent que de nombreuses idées que l’on juge modernes – l’idée d’un nettoyage régulier et d’un soin préventif des dents – trouvent des racines lointaines dans l’Antiquité égyptienne.

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