Le fax avant le téléphone
Le fax paraît appartenir à une époque plus récente que le téléphone. Pourtant, son principe est plus ancien. Dès 1843, l’inventeur écossais Alexander Bain dépose en Grande-Bretagne un brevet pour un système capable de transmettre à distance des signes graphiques grâce à des impulsions électriques. Son idée repose sur la synchronisation de deux mécanismes : l’un analyse un document, tandis que l’autre reproduit les informations reçues. Le dispositif reste rudimentaire, mais il pose les bases de la télécopie, plusieurs décennies avant la diffusion du téléphone.
À cette époque, le télégraphe électrique transforme déjà les communications. Il permet d’envoyer rapidement des messages codés, notamment grâce au système de Samuel Morse. Bain cherche à aller plus loin : au lieu de transmettre uniquement des lettres converties en signaux, il veut reproduire directement des formes et des images. Ses premiers appareils utilisent des surfaces métalliques et un stylet électrique pour parcourir le document ligne après ligne. Le résultat est encore imparfait, mais le principe essentiel du fax est bien présent.
D’autres inventeurs améliorent ensuite cette technologie. Dans les années 1850, l’Italien Giovanni Caselli développe le pantélégraphe, un appareil capable de transmettre des dessins, des signatures et des textes manuscrits sur les lignes télégraphiques. Le système est même exploité commercialement en France dans les années 1860. Des documents peuvent ainsi voyager électriquement entre plusieurs villes bien avant que les conversations téléphoniques ne deviennent possibles.
Le téléphone arrive plus tard. Alexander Graham Bell obtient son célèbre brevet américain en 1876, après plusieurs recherches menées par différents inventeurs sur la transmission électrique de la voix. Cette chronologie explique le paradoxe : l’idée de transmettre une image ou un document par voie électrique précède de plus de trente ans le brevet de Bell. Cela ne signifie pas que les bureaux du XIXe siècle possédaient déjà les télécopieurs familiers du XXe siècle, mais que leur principe technique existait bel et bien.
Le fax moderne connaîtra surtout son essor au XXe siècle, avec l’amélioration des réseaux téléphoniques, de l’électronique et de la numérisation. Dans les années 1970 à 1990, il devient un outil courant dans les entreprises et les administrations. Son histoire rappelle que les inventions ne suivent pas toujours l’ordre que suggère notre mémoire collective : transmettre un document à distance fut imaginé avant même que le téléphone ne permette à deux personnes de converser.





