15 saisons / séries - 317 épisodes

La croix grecque qui a défié un empire

La croix blanche visible sur le drapeau grec paraît aujourd’hui indissociable de la Grèce moderne. Elle renvoie pourtant directement à la période où le pays cherche à se libérer de la domination ottomane. Lorsque la guerre d’indépendance grecque commence en 1821, les insurgés utilisent de nombreux emblèmes différents. Il faut rapidement créer des symboles communs capables de représenter le nouvel État en construction et d’unifier des combattants venus de régions très diverses.

En janvier 1822, la première Assemblée nationale réunie à Épidaure adopte officiellement le bleu et le blanc comme couleurs nationales. Quelques semaines plus tard, le gouvernement provisoire définit plusieurs types de drapeaux. Pour les usages terrestres, le modèle est très simple : un fond bleu portant une grande croix blanche. Pour la marine, apparaissent les bandes bleues et blanches ainsi qu’une croix placée dans le canton, une combinaison qui donnera progressivement naissance au drapeau national actuel.

La croix n’est donc pas un simple élément graphique. Elle affirme l’importance du christianisme orthodoxe dans l’identité des insurgés grecs face à l’Empire ottoman, dont la majorité dirigeante est musulmane. Pendant la lutte pour l’indépendance, la religion, la langue et le souvenir du passé byzantin jouent un rôle majeur dans la construction d’une identité politique grecque. Le symbole religieux devient ainsi également un symbole national et politique.

L’indépendance n’est toutefois pas obtenue immédiatement. La guerre dure plusieurs années et implique aussi les grandes puissances européennes. La bataille navale de Navarin, en 1827, affaiblit fortement les forces ottomanes et égyptiennes. L’existence d’un État grec indépendant est ensuite reconnue internationalement au début des années 1830. Le drapeau et la croix survivent alors au contexte révolutionnaire qui les a imposés et deviennent des signes durables de la souveraineté grecque.

Le drapeau actuel conserve neuf bandes horizontales bleues et blanches, avec une croix blanche sur fond bleu dans le coin supérieur gauche. Sa forme a évolué au fil du temps, mais la croix choisie pendant la révolution reste présente. Derrière ce dessin très simple se trouve donc une histoire de rupture politique : celle d’un peuple qui, au XIXe siècle, s’est doté de nouveaux symboles pour affirmer son existence face à l’un des plus grands empires de son époque.

Défiler vers le haut