15 saisons / séries - 317 épisodes

Les momies utilisées comme médicaments

Un souffle de vent soulève la poussière brune au pied d’un tombeau, et dans cet air mêlé d’encens et de soleil, des morceaux d’ossements et de bandelettes se retrouvent parfois dans les sacs des voyageurs. Ce qui, pour les fouilleurs, est un vestige funéraire devient, une fois franchi la mer et les douanes, une marchandise exotique. La fascination pour l'Égypte ancienne a longtemps masqué l’évidence : ces restes n’étaient pas seulement des curiosités archéologiques, ils entraient dans le quotidien médical et commercial de l’Europe.

Le mot qui a servi d’intermédiaire entre deux mondes est souvent rendu par mumia. Dans la tradition médicalisante du Proche-Orient, on employait des substances bitumineuses et des résines aux vertus supposées antiseptiques. À l’arrivée en Occident, cette notion s’est confondue avec les corps embaumés eux-mêmes : la chair desséchée des momies fut réduite en poudre et identifiée comme remède. Les apothicaires ont progressivement intégré ces produits aux officines, convaincus par l’autorité des textes anciens et l’empirisme des praticiens.

La poudre de momie était prescrite pour des usages très variés — ingestion, cataplasmes, onguents — et l’on croyait qu’elle pouvait arrêter les hémorragies, cicatriser des plaies, calmer des douleurs ou même traiter des tumeurs. On la mélangeait aussi à des préparations plus élaborées et, hors du domaine strictement médical, elle a servi de matière première à des artistes : un pigment brun obtenu à partir de restes momifiés a connu un certain succès dans les palettes européennes. Ces emplois mêlaient souvent médecine, croyance et goût pour l’exotique.

Le commerce des momies a eu des conséquences concrètes : des tombeaux furent pillés et des fragments humains se retrouvaient empaquetés pour l’exportation. Les marchands et les apothicaires participaient à un véritable commerce où s’entremêlaient authenticité et contrefaçon — il existait des préparations fabriquées à partir d’autres cadavres ou d’imitations pour répondre à la demande. Face à ces pratiques, des voix savantes ou religieuses questionnaient la morale et l’efficacité des remèdes, sans pour autant éteindre immédiatement leur usage.

Avec l’avancement des connaissances médicales et la naissance d’une archéologie scientifique, l’emploi des momies comme médicament a progressivement perdu crédit et clientèle. Reste une trace paradoxale : des tableaux dont les bruns proviennent de matières humaines et des collections muséales qui témoignent d’une époque où curiosité, besoin thérapeutique et ignorance scientifique se mêlaient. Cette histoire invite à mesurer combien la quête de remèdes peut conduire à des pratiques aujourd’hui jugées inacceptables, mais qui furent longtemps considérées comme légitimes.

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